Le caillou du Pacifique

Après 3 mois de voyage, il est temps de s’offrir un peu de détente dans un coin paradisiaque, peu connu du grand public : l’île de la Nouvelle Calédonie. Nous avons beau être sur le territoire français, nous sommes tout de même à 1000 lieux de connaître ce caillou perdu au large de l’Australie et au nord de la Nouvelle-Zélande. Vous entendrez parler de la Nouvelle Calédonie prochainement car cette année, en 2018, a lieu un référendum sur l’indépendance de l’île vis à vis de la France. Car oui la Nouvelle Calédonie est un pays d’outre-mer (un POM) qui contrairement aux DROM et COM, possède son parlement et peu dicter ses propres lois (on est vraiment proche de l’indépendance). Il y a une forte volonté de faire reconnaître la culture locale et surtout de plus donner la parole aux tribus des îles. Il y a un gros passif ici car les Français ont débarqué en rois et réduit à l’esclavage les « sauvages » Kanaks. Ils en ont profité pour essayer d’éradiquer les coutumes « barbares » pour occidentaliser les habitants. Sauf que nous avons affaire à un peuple de guerriers et un peuple résistant, et heureusement ! C’est pourquoi aujourd’hui la Calédonie se cherche et essaye de faire connaître au monde son histoire singulière.

Nous sommes en pleine Mélanésie, qui est un regroupement d’îles de l’Océanie dans lesquelles figurent la Nouvelle Calédonie, les Fidji et le Vanuatu par exemple. Ici on parle facilement de Mélanésiens, c’est presque une nation à part entière et ce n’est d’ailleurs pas rare de croiser des Wallisien ou des Ni-Vanuatu (habitants du Vanuatu). Il y a une forte mixité dans les îles et on retrouve aussi des peuples d’îles plus éloignées, de Polynésie par exemple. Cela donne une vraie richesse culturelle très particulière à la Nouvelle Calédonie.

En connaissant tout cela, nous nous sommes rendus au centre culturel de Tjibaou, inauguré en 1998, qui raconte l’histoire Kanake et les coutumes de ce peuple. L’architecture très soignée nous rappelle les coques des bateaux utilisées par ces nomades des mers pour se déplacer d’île en île (oui ça nous fait penser à Viana…). Nous avons pu voir de l’art Mélanésien, des expositions sur la tradition de la pèche auprès des îliens, les différentes sculptures et leurs significations… Nous avons terminé la promenade en allant voir les cases traditionnelles et nous avons emprunté le chemin Kanak qui retrace les us et coutumes à travers les plantes présentent sur l’île. Pour les plus intéressés d’entre vous, vous pouvez retrouver un peu d’Histoire Kanak à la fin de cet article.

Nous avons également pu découvrir certains endroits typique de Nouméa comme le Ouen Toro par exemple. C’est un parc provincial de cinquante hectares en plein coeur de Nouméa. Du haut de ces 150 mètres, nous avons une vue plongeante sur les baies, anses et îles qui composent la capitale de la Nouvelle Calédonie. Nous avons pu profiter du pique nique dans la forêt sèche qui compose ce parc et qui comprend de nombreuses espèces endémiques très fragiles. Tout en dégustant nos casses croutes nous pouvions admirer la mer turquoise s’étendant à perte de vue, seulement dérangée par des îlots solitaires et des kitesurfeurs très présents. L’envie de baignade était telle, que pour digérer nous avons rejoint la plage de sable fin au pied du Ouen Toro pour profiter d’une eau à 28°C.

Outre les paysages et plages indécentes, nous nous sommes plongés au cœur de la vie des Mélanésiens en allant au Bingo, « sport » national ici à Nouméa. Nous avons passé quelques temps dans cette immense salle bondée de joueur, à scruter nos bulletins pour tenter de remplir notre carton en hurlant BINGO. Malheureusement, la chance n’était pas avec nous ce soir là et nous sommes repartis bredouilles. Fort heureusement, nous n’avons pas dépensé tout notre budget là bas, mais ce jeu est vite addictif et peut provoquer de vrais problèmes de dépendance et d’appauvrissement. Il faut compter 100 Francs ( ~0,83€) par carton qu’on renouvelle à chaque partie (qui dure cinq minutes). On peut bien évidemment acheter plusieurs cartons par partie.

Enfin finissons la découverte de Nouméa par une étape gustative et une autre plus festive. Lors de notre arrivée, Eve et Christophe nous ont offert le restaurant, et pas n’importe lequel : une véritable crêperie! Cela faisant quelques mois que nous n’avions pas goûter à la cuisine si raffinée de notre région si lointaine et à un bon cidre fermier ! C’est peut être cliché, mais ça fait du bien et c’était bon ! Les crêpes étaient fournies et bonnes, mais je pense que la vue depuis notre table nous a aidé à apprécier le moment. Du même style, nous avons pu prendre quelques tapas autour d’un verre à la Bodega, petit bar en bord d’eau idéal pour un coucher de soleil.

Nous terminons nos deux semaines tranquilles en famille par un petit tour à l’île aux canards. C’est un petit îlot accessible en cinq minutes en bateau taxi au large de l’Anse Vata au centre de la ville. Cette petite île de coraux morts vous offre un après midi détente pour un budget serré. Nous avons emprunté le chemin aquatique balisé où nous avons pu découvrir de splendide coraux et poissons. Petite frayeur tout de même lors du passage d’un petit requin pointe blanche d’une soixantaine de centimètres, ça fait tout bizarre même si on ne risquait rien.

Ces deux semaines en Nouvelle-Calédonie ont été juste parfaites pour nous et on remercie encore Eve et Christophe pour leur accueil plus que chaleureux. Nous avons été chouchoutés, gâtés, gavés et émerveillés durant ce court laps de temps et ça nous donne envie d’y revenir, un jour, pour découvrir les îles loyautés, au large de la côte Est.


L’histoire de Téâ Kanaké

L’origine des êtres : la naissance de Téâ Kanaké

A l’aube du monde, la lune dépose sa dent sur un rocher qui émerge de l’océan des origines. Sous l’effet de ses rayons, la dent se décompose. Apparaissent alors les premiers êtres vivants. Ceux qui restent sur le rocher se transforment en lézards, ceux qui glissent dans l’eau deviennent des anguilles et serpents. De ces êtres primordiaux nait Téâ Kanaké.

Dans une version du mythe des origines, la lune jette à la mer un gâteau d’igname (symbole des hommes), enveloppé de feuilles de taros (symbole des femmes), d’où naitront les premiers êtres.

La terre nourricière : Téâ Kanaké cultive la terre

Né ignorant de tout, il demande aux esprits de lui transmettre ce qu’il doit savoir pour vivre sur terre : la magie des pierres et des herbes, le travail des champs et la connaissance des plantes. Alors, il cultive les igname et fait pousser les taros, il plante le coléus qui, depuis ce temps, protège tous les jardins.

La poule sultane est le symbole de l’abondance des cultures. Sa plume blanche qui s’agite est le signe du secret et de la magie des plante. Son contraire est le rat qui saccage les récoltes.

La terre des ancêtres : Téâ Kanané construit sa case

Les esprits lui apprennent la vie en société. Téâ Kanaké échange les premiers ignames et construit sa case ronde. Il plante le pin colonnaire qui délimite les lieux sacrés et tabous et dit la première Parole. Dans les discours, on dit que la parole du chef est la « bouche du noutou », l’oiseau symbole des origines. On appelle aussi la parole des clans la « bouche du coquillage » car elle est proclamée par la conque. Le noutou et la conque font la paire car l’un est la forêt et l’autre la mer.

Le pays des esprits : Téâ Kanaké visite le pays des morts

Afin de tout savoir de la vie des Hommes, Téâ Kanaké décide de connaitre la mort ; il entre dans la banian qui est le corps des esprits. Par ses racines qui pénètrent aux pays souterrains, il visite le pays des morts, et en ce ventre maternel, il se transforme.

A Canala et dans de nombreux endroits, le lézard peut être le messager de la mort. Il vit dans les cimetières et est l’équivalent du hibou, lui aussi « preneur de vie ». Il est dans ce cas, le contraire de l’anguille, symbole de la naissance.

La renaissance : Téâ Kanaké renaît en homme nouveau

Comme les rejets qui naissent d’un tronc coupé, Téâ Kanaké, porteur de la continuité de la parole, traverse la roche percée, symbole de la renaissance. Il souffle la Parole dans les ramilles du bois de fer, où elle chantera toujours. Grâce à cette Parole, s’ouvre une ère nouvelle.

Le serpent, spécialement le tricot rayé, est à l’image du défunt qui veut rejoindre le monde des vivants. Il sort de la mer et laisse sa peau sur la page en reprenant apparence humaine.

 


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