Cuscotopia et les Incas

Attention, article fleuve ! Car oui, nous allons aborder la partie du voyage que j’attendais le plus : le monde des Incas. Après avoir quitté Lima la grise, nous prenons notre avion direction la capitale impériale : Cusco ! Nous sommes tellement content de quitter la capitale, qu’on en oublie d’imprimer les billets d’avion et on se prend une amende alors que nous avons les cartes d’embarquement sur la tablette, oui l’économie ils aiment pas ça chez Vivaair.

Bref, nous prenons un taxi qui nous amène au pied de notre hôtel, le fameux El Triunfo. Nous sommes sur la fin de notre voyage et on a voulu se prendre un véritable hôtel plutôt qu’un dortoir pour Cusco. LE LUXE ! Douche privative, bon lit, serviette propre tous les jours et petit déjeuner comme on n’en a jamais pris durant ce voyage. Malgré ces promesses nous suffoquons un peu, non pas avec un vice caché, mais uniquement à cause de l’altitude. Nous avons quitté le niveau de la mer pour venir se percher à 4300 mètres et le manque d’oxygène se fait ressentir : suée dès le moindre effort, souffle court et impression de manquer d’air. On a la migraine et le ventre barbouillé comme un lendemain de soirée un peu trop arrosée. Cela ne nous empêche pas de déambuler dans cette vieille ville totalement transformée par les Espagnols lors de l’éradication des Incas. Les symboles de puissance de ce peuple ont laissé place à des églises multiples toutes plus somptueuses les unes que les autres. Heureusement la culture Inca est restée bien vivace et aujourd’hui encore, malgré un Christianisme omniprésent, certains n’ont pas oublié leur glorieux passé.

Pour situer un peu ces Incas, il faut revenir 600 ans dans le passé. C’est durant cet âge d’or que les Conquistadors sont venus ravager cette culture qu’ils ont qualifié de barbare. Mais les Incas étaient des astronomes hors pair, des mathématiciens de génie (ils ont découvert Pi de leur côté) et des scientifiques authentiques. Nous reviendrons plus tard sur ces points. Les Incas étaient également de fervents religieux : leurs Dieux étaient la nature et les astres. Le soleil avait une place prépondérante dans leur théologie, on retrouve moult temples du soleil un peu partout. C’était un peuple de guerriers qui fortifiait les routes commerciales et protégeait les villes. Enfin, c’était des agriculteurs reconnus : imaginez nourrir un peuple entier en cultivant à plusieurs milliers de mètres d’altitude.

Cusco a été notre premier contact avec les vestiges de cette civilisation, et nous avons eu envie d’en apprendre un peu plus. Nous diposions d’un billet pour grimper le Machu Picchu et de deux réservations d’auberges de jeunesse (à Ollantaytambo et Aguas Calientes). Il nous fallait nous déplacer entre tous ces points et nous avons décidé d’aller voir une agence à touristes, première fois pour nous. Notre première auberge était située au cœur de la vallée sacrée et nous voulions lier l’utile à l’agréable en prenant un tour des différents sites de la vallée avant d’aller dormir. Après discussion avec l’agence, nous avons convenu d’un arrangement : le tour de la vallée sacrée et on descend au dernier site avant de retourner par nous même à notre auberge d’Ollantaytambo tandis que le bus retourne à Cusco. L’agence nous a proposé un prix correct pour ça même si on aurait pu négocier un peu et gagner peut être 2€/personne.

Le lendemain matin, départ à 7h avec notre mini bus, nos 14 compagnons de la journee et notre guide anglophone. Nous voilà donc partis à la découverte de la Vallée Sacrée et nous commençons par le premier site : Chinchero. Cette vieille ville Incas est le point culminant de notre voyage, même si elle est plus basse que la très haute Cusco. Notre guide nous amène découvrir l’une des plus vieilles églises du Pérou : Eglise de la nativité du XVI ème siècle. Cette magnifique bâtisse est entièrement peinte et mêle les croyances Incas au Catholicisme. On retrouve ainsi l’explication aux habits de la Vierge Marie. Elle est toujours habillée avec une robe en forme de triangle qui représente en fait la Terre Mère (la Pachamama) dans la croyance Inca : adaptation, conversion. Notre guide nous a également expliqué comment les Incas conservaient leurs pommes de terre, car oui la patate vient de là bas et on trouve 4000 espèces différentes. Nos amis attendaient l’hiver pour laisser reposer, durant la nuit, ce précieux tubercule à même le sol. Grâce à l’action du gel et de la chaleur du soleil la journée, notre pomme de terre perdait toute son eau et était totalement déshydratée, ainsi on pouvait la conservait 10 ans ou plus et palier les mauvaises récoltes des années de disette.

Nous avons également rencontré des descendants des Incas qui vivent en communauté dans leur village et parlent le queshua (c’est pas qu’une marque en fait !). Ils vivent de leurs productions d’alpaca, la fameuse laine du Pérou, de ces animaux ressemblant aux lamas. Pour le nettoyage de la laine et les couleurs, ils utilisent des produits naturels (racines, maïs, cochenille, etc.) Et nous avons eu le droit à une belle démonstration.

Nous sommes ensuite partis visiter le site de Moray, où nous avons pu voir le génie scientifique des Incas. Ce site est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Ils ont creusé la montagne pour construire des terrasses organisées en cercles concentriques (oui je vous l’ai dit, Pi !). Ils ont ainsi placé plusieurs endroits distant de quelques dizaines de mètre, suivant l’orientation du soleil, la thermodynamique et l’emplacement des roches naturelles. En faisant de la sorte, ils ont pu récréer à plusieurs milliers de mètres d’altitude, toute la panoplie des écosystèmes de leur civilisation. Ils arrivaient à avoir des températures différentes suivant les terrasses, c’est juste incroyable. Ils ont pu ainsi tester les différents végétaux dans différentes conditions pour pouvoir s’adapter et mieux construire leurs terrasses de culture.

Notre excursion nous amène vers un autre type d’agriculture : la récolte du sel. Comment les Incas arrivaient à produire du sel à plus de 3000 mètres d’altitude ? La réponse est relativement simple si vous avez suivi vos cours de SVT : la tectonique des plaques a soulevé le plateau océanique du Pacifique pour créer la cordillère des Andes. On retrouve ainsi des minéraux et fossiles marins perchés à cette hauteur. Ensuite il suffit à l’eau de pluie de ruisseler puis de s’infiltrer dans la roche où elle rencontre ces minéraux avant de ressortir gorgée de sel. Tellement gorgée qu’elle est deux fois plus concentrée en sel que l’océan (7% contre 3,5%). Les Incas ont trouvé une source naturelle de cette eau pleine de sel et ont ensuite construit des terrasses où ils laissaient l’eau s’évaporer pour récupérer le sel (comme les marais salants). Cela donne un paysage assez extraordinaire dans les montagnes.

Nous nous dirigeons ensuite vers la ville d’Ollantaytambo pour visiter cette citadelle qui gardait les trois vallées. L’une était la vallée sacrée, l’autre celle qui menait à la jungle de l’Amazonie et l’autre au Machu Picchu. C’est d’ailleurs celle menant à l’Amazonie que les Espagnols empruntèrent et grâce à cela ils ne trouvèrent jamais la Machu Picchu, le seul site Incas préservé de la destruction des conquistadors. Bref, nous avons grimpé en haut de cette citadelle pour admirer la vue mais aussi pour voir le temple du soleil, inachevé. Ce temple nous montre bien la connaissance des astres de la part des Incas. Ils arrivaient à prévoir le lever du soleil au cours des différents mois et ainsi ils ont développé un calendrier solaire tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le temple du soleil, en plus de son côté sacré, servait à mesurer le temps de ce calendrier suivant des points de repère naturels. À Ollantaytambo, les Incas utilisaient comme repère un « visage » gravé dans l’une des montagne environnante. Quand les rayons du soleil apparaissaient derrière celui-ci lors de son lever, on pouvait dire que c’était le solstice d’hiver (le 21 juin). Nous avons pu voir également les greniers de stockage (les patates et le maïs essentiellement) à flanc de falaise. Ces greniers étaient orientés de telle manière que le vent froid des montagnes, de la vallée menant à l’Amazonie, rafraîchissait les aliments et asséchait l’air pour une meilleure conservation, malin.

Enfin le dernier site que nous ayons visité fût celui de Pisaq. Ici nous avons pu voir d’énormes terrasses orientées vers le soleil levant mais suivant les différents mois de l’année : le soleil ne se lève pas au même endroit en Janvier qu’en Août. Ainsi ils pouvaient choisir de planter différents types de cultures suivant l’ensoleillement et la période de l’année. Autre chose intéressante avec ces terrasses : elles sont toutes courbes. Car oui, la zone étant soumise à de forts séismes (souvenez-vous de la création des montagnes), il ne faut pas que ça s’effondre. Or les terrasses courbes sont plus susceptibles de résister au caprice de la terre et absorbent mieux les chocs (on retrouve la même chose sur la courbure des barrages en montagne). Le dernier point de cette visite fût le cimetière. Car oui Pisaq était une ville funéraire : plus de 3000 tombes ont été recensées et il en manque sûrement. Les Incas disposaient leurs morts à même la falaise, la Terre Mère, la Pachamama. Ils étaient mis dans de petites cavités et étaient momifiés en position foetale car la vie sur la Terre n’était que la phase d’apprentissage de la vie d’après. Sur Terre, on vivait pour apprendre et se faire des relations, puis une fois la grande faucheuse venue, les morts étaient guidés par des âmes pures vers la vie d’après.

Et voilà pour les visites de la Vallée Sacrée ! Mais notre voyage ne s’arrête pas là. Avant que le bus ne reparte vers Cusco, nous le quittons pour regagner notre auberge à Ollantaytambo à 1h30 de route. La nuit commence à tomber et nous devons trouver un collectivo, ces bus collectifs qui sillonnent tout le pays. Nous arrivons à grimper dans l’un de ces bus déjà rempli à ras bord et nous passons 1h debout à rouler tout en discutant avec une Bretonne (Brestoise !) vivant au milieu de la pampa avec ses jumelles de 4 ans et son mari péruvien. Après un changement de collectivo à Urubamba, nous arrivons enfin à notre auberge où personne n’était là pour nous ouvrir… Nous tambourinons à la porte de désespoir et un peu de colère, avant que l’enfant des voisins, viennent nous dire d’arrêter et de patienter 2 minutes (15 en réalité…) le temps qu’il appelle les propriétaires. Oui, ils étaient partis à deux pour faire des courses alors qu’ils savaient qu’on arrivait… Un seul aurait suffit. L’heure de la douche a sonné après cette journée marathon, mais l’eau est plutôt froide, ça commence mal. Pour couronner le tout, pas d’électricité à partir de 7h et donc plus de lumière, plus de douche et plus de WiFi. Aucune ristourne et surtout un signalement à Booking que la reservation avait été annulée (alors que nous avions payé…). Bref, un bel établissement à éviter (ce qui a été rare durant les six derniers mois), Panay Valle pour ne pas le nommer.

 

Après cette étape que l’on va oublier rapidement, nous attendons notre bus pour nous rendre à Hydroelectrica, l’une des entrées pour Aguas Calientes, aka Machu Picchu pueblo. Pour se rendre à Aguas Calientes, la ville au pied du Machu Picchu, vous avez deux choix :

  1. Le train géré par la compagnie de l’Orient Express. Ce nom qui doit vous dire quelque chose cache un tarif juste exorbitant. Il faut compter quasiment 200$ US aller/retour depuis Cusco par personne pour un trajet d’1h30. Le train est certes rapide et classe, mais cela rentre difficilement dans le budget d’une famille ou de backpackers.
  2. Hydroelectrica. La solution la moins chère et la plus locale. Oui il faut se dire ça car c’est un peu le parcours du combattant mais que beaucoup choisissent. Il faut compter 6h de bus depuis Cusco en passant par la montagne et un col à 4200 mètres. Ce sont 6h de tortures, de virages serrés, de croisements avec d’autres minibus au bord du gouffre et de musique tapant sur le système ; mais c’est typique. L’autre chose rigolote c’est qu’une fois arrivés en entier à Hydrolectrica, il faut marcher le long de la voie de chemin de fer pendant 11 kilomètres au milieu de la jungle ou payer le train le plus cher du monde à 30$ US pour 11km).

Après cette petite randonnée, nous arrivons à la très touristique ville d’Aguas Calientes et nous découvrons avec effroi que notre auberge est située en haut d’impressionnants escaliers. L’auberge est tenue par un couple et nous retrouvons cette ambiance backpacker qui nous avait un peu manquée. On partage notre dortoir avec Alex et Yann, deux Allemands avec lesquels nous allons passer un peu de temps. Nous achetons notre billet de bus pour grimper au niveau du site du Machu Picchu. Car oui, il y a 1700 marches pour arriver là haut, et comme nous avions notre billet pour le Waynapicchu, la montagne qui surplombe le site, à 7h, nous ne voulions pas arriver sur les rotules. Ce petit titre de transport coûte tout de même 12$/aller/personne, et vous pouvez l’acheter la veille au soir pour le lendemain matin. La rotation des bus commence à 5h30 mais une queue gigantesque vous y attend également. Nous sommes arrivés à 5h40 et nous avons patienté un peu plus d’une heure avant d’avoir notre bus.

7h30, nous sommes là haut et le soleil commence déjà à bien illuminer le site. Malgré l’émerveillement, nous devons traverser rapidement ces vieilles pierres pour rejoindre l’entrée du Waynapicchu. Cette montagne est coiffée d’un petit complexe d’habitations et de terrasses qui abritaient essentiellement des prêtres. Mais pour y arriver, il faut gravir la montagne ! C’est parti pour 1h de marches et de pentes raides. Fort heureusement, ce site est limité en terme de touristes : seuls 200 élus ont le droit de le gravir (2x 200 répartis sur deux plages horaires différentes), il faut donc bien réserver à l’avance son billet (2 mois avant pour nous). Ça vaut vraiment le coup car la vue d’en haut est magique !

Après être redescendus prudemment, il est temps de visiter le site du Machu Picchu en lui même. Durant 2h nous arpentons les rues, les maisons, les terrasses et les temples de cette ville Incas. Elle était principalement destinée au culte des dieux et n’abritait qu’environ 500 personnes vivant en autonomie (imaginez sinon le nombre d’aller retour à faire avec les villages voisins à plusieurs jours de marche). On est vraiment impressionné par la taille du site et de sa conservation. Il faut dire que des dizaines d’employés passent leurs journées à reconstruire les murs avec les techniques d’époque et à entretenir l’intégralité du site. Pas un brin d’herbe ne dépasse et les chemins sont réparés tout au long de l’année (de la terre et de l’eau disposés avec amour avec une petite truelle). On passe voir les incontournables lamas et alpagas qui broutent en ignorant royalement les touristes qui essayent d’avoir leur selfie avec eux.

On passe par les différents temples, dont le temple du Soleil qui sert de calendrier et donne l’heure dans une journée. Il est à côté d’un complexe de fontaines assez hypnotique à voir. Après avoir déambulé dans cette ville et pris tous les chemins possibles, il est temps pour nous de redescendre. Mais cette fois-ci, on y va à pieds ! Je peux vous dire qu’on sent ses cuisses et molets après 1700 marches ! Fort heureusement le chemin est au milieu de la jungle donc on bénéficie de l’ombre de la végétation car oui il fait chaud et le soleil cogne. Pensez à la crème solaire et à l’anti moustique car ils sont voraces.

En bref, allez au Machu Picchu et découvrez cette civilisation merveilleuse ! Allez y le matin car l’apres midi il fait vraiment chaud (même l’hiver). Attention à votre budget car il y a beaucoup de frais auxquels on ne pense pas (eau, nourriture et transports qui sont plus chers). Néanmoins, je pense que le combo Vallée Sacrée et Machu Picchu est une des choses à voir absolument. C’était la partie du voyage que j’attendais le plus et je n’ai pas été déçu. L’autre chose incroyable est que la culture Incas est toujours fortement ancrée dans cette région. À Cusco vous pouvez entendre parler Queshua si vous tendez l’oreille. Les hommes et femmes portent toujours, en habit de tous les jours, les costumes traditionnels (et ce n’est pas pour les touristes !). Bref, Lima on n’aime pas, mais Cusco & co, allez y !

Laisser un commentaire